La Victoire de Samothrace

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La Victoire de Samothrace
La Victoire de Samothrace

LA VICTOIRE DE SAMOTHRACE

La Victoire de Samothrace est une statue tout à fait hors du commun. On ne connaît pas le sculpteur génial qui l’a conçue, on ignore la date de sa création, elle n’a pas de tête, pas de bras, ni de pieds, elle est formée de morceaux assemblés, et pourtant c’est une merveille que tout le monde admire et qui, avec la Joconde et la Vénus de Milo, contribue à la renommée internationale du musée du Louvre de Paris.

C’était en 1863, Charles Champoiseau, vice consul de France, féru d’antiquité, entreprend des fouilles sur l’île de Samothrace dans la mer Egée. Ses ouvriers mettent au jour des morceaux de marbre qui pourraient appartenir à une grande statue de femme. Malheureusement, impossible de trouver la tête et les bras mais seulement  de nombreux petits morceaux de marbre dont certains s’emboîtent les uns dans les autres. Le marbre bien blanc semble venir de la région de Paros.

Très intrigué, Champoiseau fait parvenir ces trouvailles au musée du Louvre, tout en continuant ses recherches. Un travail minutieux permet de reconstituer un corps de femme vêtu d’une draperie aux plis fins et presque transparents, le chitôn et partiellement enveloppé dans un manteau aux plis plus marqués, l’himation. On dirait une Victoire ! Il faut dire que les Grecs avaient coutume de fêter leurs succès guerriers par des statues qu’on appelait des Victoires et les guerres entre eux étaient nombreuses.

Champoiseau a négligé de s’intéresser aux nombreux blocs de marbre grisâtre qui gisaient sur l’île de Samothrace près des débris de la statue, les prenant pour des parties d’un tombeau.

C’est en 1875 qu’un architecte autrichien, intrigué par la forme de ces blocs qui, par endroit, semblent s’imbriquer, a l’idée d’essayer de les assembler en s’aidant de dessins.  Avec ces blocs de marbre gris de Rhodes, il parvient à composer une proue de navire, sur laquelle la Victoire s’adapte exactement.

Les guerres navales étaient fréquentes dans la Grèce antique et il est difficile de dater avec certitude la victoire qui a donné naissance à la statue élevée dans le sanctuaire de l’île de Samothrace. Les avis divergent. Cependant il est généralement retenu la période de 200 à 250 ans av JC qui a été particulièrement fertile en guerres entre les diverses cités et îles grecques.

L’ensemble reconstitué par les spécialistes du musée du Louvre s’élève à  5,57 m au total.  La statue elle-même mesure 2,75 m, elle est  en marbre blanc de Paros et le socle en forme de navire est en marbre gris veiné de blanc de Rhodes.

La reconstitution a été très difficile car beaucoup de pièces sont restées introuvables. Par exemple l’aile droite est un moulage inversé de l’aile gauche.

Ces ailes, par leur grande taille donnent un air de légèreté à l’ensemble. Elles contribuent pour beaucoup à la beauté de la statue ainsi que le drapé admirablement représenté comme celui d’étoffes fouettées par le vent.

 La statue semble avoir été sculptée pour être regardée de trois quarts gauche, étant particulièrement soignée de ce côté. La Victoire semble saisie à l’instant où elle se pose sur la proue du navire. En effet, les plis des vêtements, montrent qu’elle fend le vent donc elle est encore en mouvement ce qui donne à la statue une impression de vie.

 Les pieds n’ont pas été retrouvés mais la position de leur appui confirme que la Victoire n’est pas encore posée totalement. Son pied droit effleure le navire tandis que le gauche est encore légèrement soulevé. Elle fend l’air, arrive sur la proue, et cela lui donne une légèreté pleine de grâce.

Des sculpteurs ont essayé de reconstituer le tout, chacun laissant errer son esprit pour imaginer les parties manquantes.  C’est ainsi, que dans certaines reconstitutions, la main droite tient une trompette ou encore une couronne. Ces suppositions ont été jugées fausses lorsque la main droite a été retrouvée, malheureusement amputée de plusieurs doigts.

Contrairement à de nombreuses statues, la Victoire de Samothrace, malgré l’absence de certaines pièces, semble vivante, messagère légère d’un triomphe et l’amputation de la tête et des bras, loin de lui nuire, excite l’imagination de celui qui la regarde.